BALADE DE DEUX SŒURS
Elles ne voulaient pas qu’il mouille du haut
Elles voulaient du soleil dehors
Elles ne voulaient pas faire fort
Elles voulaient seulement faire beau
Elles ne voulaient pas la sente en forêt
Elles voulaient la vue panoramique
Elles ne voulaient pas du compliqué
Elles voulaient du chemin unique.
Elles ont eu
Elles ont vu
Un fort soleil brillant
Dans un ciel bleu satin
L’ombre des épicéas et sapins
Pour abriter leur teint
Les torrents bruyants
Entre l’herbe et le rocher
Les tarines au vert pré
Avec les sonnailles tintant
Le rideau tombant des cascades
Celui-ci régulier celui-là en saccades
Les
couleurs naturelles de l’alpage
Le mauve de la moquette de saxifrage
Le bleu phosphorescent de la printanière gentiane
Le vert tendre de l’herbe fine
Et le ton plus haut de l’oseille sauvage
Le jaune soufrée de l’anémone
Le parme de la farineuse primevère
L’orange de l’insolente épervière
Le violet dense de l’épiaire
La drôle de bille jaune du trolle
Le jaune laqué ou blanc des
renoncules
Le bleu moiré de cette belle inconnue
Le blanc du lys Saint Bruno
Le rouge naissant des rhodos
Le vert pastel des lichens squattant la pierre
La rouille luisante de l’oxyde de fer
Le roux à point blanc du jeune faon
Le gris fauve de la marmotte sifflante
Le beige velu de jeunes bouquetins
L’ombre noire de la buse ou de l’aigle
Qui là haut tourne et surveille
Le vert de gris, le noir,
le lis de vin
Le terre de sienne, le gris orangé
De la dantesque roche déchiquetée
Des aiguilles en instable équilibre
Des strates rocheuses figées dans la torture
Du pierrier de blocs en bascules
Le bleu de jade de la glace qui vibre
Les filons de turquoise d’eau en miroir figé
Du lac féerique qui n’ose sentir sa liberté
Elles ont vu encore
Le blanc laiteux du quartz en cristaux
Les névés craquant qui perdent leurs eaux
En limpides gouilles et cristallins rus
L’algue rouge dans le granité de glace perdue
Et
La transparence scintillante de la roche en cristal
L’horizon précis des cimes blanches sinusoïdal